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La République des Province-Unies

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1588

L'Armada espagnole sombre au large des côtes britanniques. Maurice, fils de Guillaume d'Orange, assassiné, force les Espagnols dans leurs retranchements et reconquiert ville après ville. Dans la République des Provinces-Unies apparaît une construction politique unique, dirigée par l'homme le plus important de l'é poque, le grand pensionnaire Johan van Oldenbarnevelt.

En 1588, la toute jeune république comptait sept provinces, qui constituaient en fait autant de petits États souverains : la Hollande, la Zélande, Utrecht, la Frise, la Groningue, l'Overijssel et la Gueldre. Au sein de cet ensemble, la province de Hollande était incontestablement la plus puissante et la plus influente. Le prince Guillaume d'Orange, lui, était le premier " stathouder " de la république. Curieuse fonction, en vérité, car si à l'origine le stathouder était le représentant et le lieutenant du roi d'Espagne, alors souverain de ces territoires, il est devenu le serviteur des " États ". Dans la nouvelle structure de la république, les États étaient les assemblées qui dirigeaient chaque province, et ces sept assemblées provinciales étaient à leur tour repré sentées dans une assemblée commune, les États généraux. Ceux-ci siégeaient à La Haye et constituaient l'organe le plus puissant de la république. Mais comme les décisions majeures - déclarer la guerre, signer la paix, accepter un armistice, établir les impôts - devaient être prises à l'unanimité, et que ces questions requéraient d'abord des délibérations au sein des diverses assemblées provinciales, on imagine aisément les lenteurs et les pesanteurs inhérentes au système.

Les États de chaque province avaient à leur service un conseiller juridique, fonctionnaire rémunéré portant le titre de " pensionnaire ". Dans la province de Hollande, on l'appelait aussi " landsadvocaat " (avocat de l'État) ou, plus tard, " raadpensionaris " (grand pensionnaire) ; fonctionnaire de la province la plus puissante, il exerçait tout naturellement une grande influence. Membre permanent et porte-parole des États généraux, il était aussi l'interlocuteur privilégié des puissances étrangères. Les plus influents du premier siècle de la république furent Johan van Oldenbarnevelt et Johan de Witt.

On sait que dans leur lutte contre les Espagnols les États avaient fait appel au comte de Leicester, le favori de la reine Élisabeth d'Angleterre, mais ils constatèrent bientôt que Leicester cherchait à réunir tous les pouvoirs entre ses mains, ce qui explique l'échec de son intervention. Le départ définitif de Leicester en 1587 laissa le pays dans une situation qui paraissaît désespérée, car avec lui partit aussi l'armée qu'il commandait, et les États ne pouvaient plus compter que sur eux-mêmes. Pour comble de malheur, une puissante flotte espagnole la fameuse " Invincible Armada " croisait dans la mer du Nord pour appuyer les troupes du duc de Parme qui devaient envahir et soumettre l'Angleterre protestante. Mais l'expédition se solda par un fiasco retentissant. L'amiral Justinus de Nassau empêcha l'armée du duc de faire sa jonction avec la flotte espagnole, tandis que la marine anglaise, aidée par des bâtiments hollandais et zélandais, dispersa les escadres ennemies. La tempête acheva de d écimer la flotte, dont les navires rescapés devaient contourner l'Écosse pour retourner en Espagne. Des cent trente bâtiments engagés, quatre-vingts seulement finirent par regagner leur pays. Cette victoire éclatante sur l'Espagne catholique redora le prestige des États protestants en Europe.

Le prince Maurice, fils de Guillaume d'Orange, aidé par le fin stratège politique qu'était Johan van Oldenbarnevelt, donna un nouvel élan à la lutte contre les Espagnols. Il réorganisa l'armée et lui enseigna de nouvelles techniques de combat. Oldenbarnevelt, lui, réussit à obtenir des États la nomination du prince comme stathouder et le vote des crédits nécessaires à la modernisation de l'armée. Il faut reconnaître que Leicester avait certainement contribué à former le génie politique d'Oldenbarnevelt et à forger l'unité au sein des États. Maurice remporta de grands succès, dont les plus connus furent en 1590 la prise de Breda, grâce au stratagème d'un bateau tourbier qui introduisit dans la ville 68 jeunes gens cachés dans sa cale, et en 1600 la victoire de Nieuport sur les Espagnols. Son principal collaborateur militaire é tait le comte Guillaume Louis de Nassau, stathouder de Frise, de Groningue et de Drenthe.

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